Espace de stockage commercial moderne avec inventaire de grande valeur nécessitant une couverture d'assurance adaptée
Publié le 17 mai 2024

Penser qu’un contrat multirisque standard protège votre stock de valeur est l’erreur la plus coûteuse que vous puissiez faire. La véritable sécurité ne se trouve pas dans le nom des garanties, mais dans la maîtrise des clauses techniques que 90% des assurés ignorent.

  • Une sous-évaluation, même de 20%, peut réduire de moitié votre indemnisation en cas de sinistre partiel.
  • La distinction entre « dégât des eaux » et « catastrophe naturelle » peut vous laisser sans recours après une inondation.
  • Sans un « dossier de survie numérique », prouver la valeur de vos actifs après un incendie total est quasi impossible.

Recommandation : Auditez immédiatement votre contrat actuel, non pas sur les garanties qu’il affiche, mais sur les exclusions et les conditions techniques qu’il cache. Ce guide vous montre où regarder.

Pour un commerçant ou un industriel, le stock représente bien plus qu’une simple marchandise ; c’est le cœur battant de l’entreprise, le fruit d’investissements conséquents et la promesse du chiffre d’affaires à venir. Quand ce stock dépasse une valeur critique de 50 000€, le protéger devient une priorité absolue. Naturellement, la première idée est de souscrire une assurance multirisque professionnelle, en cochant les cases « incendie », « vol » et « dégât des eaux ».

La plupart des guides s’arrêtent là, vous conseillant de « bien lire votre contrat » et « d’évaluer correctement vos biens ». Ces conseils, bien que justes, sont dangereusement incomplets. Ils omettent de vous dire que la menace la plus insidieuse ne vient pas toujours d’un cambrioleur ou d’une fuite d’eau, mais d’une simple ligne dans vos conditions générales, d’un terme technique mal interprété ou d’une préparation insuffisante de votre part. En tant que courtier, mon rôle est de vous montrer ce qui se cache derrière le jargon des assureurs.

Cet article n’est pas une énième liste de garanties. C’est un guide stratégique pour transformer votre contrat d’assurance, d’une simple charge à un véritable pilier de la continuité de votre activité. Nous n’allons pas survoler les options, nous allons plonger dans les détails techniques qui font la différence entre une indemnisation rapide et complète, et une perte sèche qui peut mettre en péril votre entreprise. Nous allons apprendre à penser comme un expert en sinistres pour déjouer les pièges avant même qu’ils ne se présentent.

Pour naviguer efficacement dans les méandres de l’assurance professionnelle, nous allons décortiquer ensemble les points de vigilance cruciaux. Ce sommaire vous guidera à travers les erreurs à ne pas commettre et les stratégies à adopter pour une protection sans faille.

Pourquoi sous-estimer votre stock de 20% peut annuler votre indemnisation ?

C’est l’erreur la plus fréquente et la plus dévastatrice. Pour économiser quelques centaines d’euros sur la prime annuelle, de nombreux dirigeants sont tentés de minorer la valeur de leur stock. Ils pensent, à tort, qu’en cas de sinistre partiel, ils seront indemnisés à hauteur du préjudice réel, tant que celui-ci ne dépasse pas le capital déclaré. C’est un calcul dramatiquement faux qui ignore un mécanisme fondamental en assurance : la règle proportionnelle de capitaux. Ce principe, souvent inscrit en petits caractères, stipule que si le capital assuré est inférieur à la valeur réelle des biens au jour du sinistre, l’indemnisation sera réduite dans la même proportion.

Étude de Cas : La règle proportionnelle en action

Imaginons une entreprise qui déclare 200 000€ de marchandises. En réalité, son stock vaut 400 000€. L’entreprise est donc sous-assurée de 50%. Un vol a lieu, pour une valeur de 100 000€ de marchandises. L’assuré s’attend à être remboursé de 100 000€. Or, l’assureur appliquera la règle proportionnelle : Indemnité = Montant des dommages × (Valeur déclarée / Valeur réelle). Soit 100 000€ × (200 000€ / 400 000€) = 50 000€. La sous-évaluation a créé une perte sèche de 50 000€ pour l’entreprise. En cas de destruction totale, la perte serait de 200 000€.

Pour les entreprises dont le stock fluctue fortement (saisonnalité, commandes importantes), le risque de se retrouver involontairement en situation de sous-assurance est permanent. Heureusement, des solutions contractuelles existent, comme l’assurance « en compte courant » qui permet d’ajuster la prime a posteriori en fonction des déclarations mensuelles de stock, ou encore les clauses d’ajustabilité automatique. L’essentiel est de comprendre que l’honnêteté et la précision dans la déclaration de valeur ne sont pas une option, mais la condition sine qua non de la validité de votre contrat. En cas de sinistre partiel, l’assuré supporte une part proportionnelle du dommage selon la formule de l’article L121-5 du Code des assurances, qui peut transformer un sinistre gérable en crise financière.

Comment renforcer un entrepôt isolé sans investir dans une sécurité privée hors de prix ?

La protection d’un local commercial, surtout s’il est isolé ou situé dans une zone d’activité déserte la nuit, est un casse-tête pour de nombreux dirigeants. L’idée d’embaucher une société de gardiennage est souvent la première à venir à l’esprit, mais elle est rapidement écartée en raison de son coût prohibitif. C’est une fausse dichotomie : il existe un large éventail de solutions intermédiaires, formant ce qu’on appelle la sécurité passive intelligente, qui peuvent drastiquement réduire le risque à un coût maîtrisé.

Le principe est de superposer des couches de protection, de la dissuasion à l’alerte, pour rendre l’effraction plus longue, plus bruyante et plus risquée pour les cambrioleurs. La télésurveillance, par exemple, offre un compromis coût/efficacité exceptionnel. Les données du secteur montrent que la télésurveillance coûte 15 à 800€ par mois, une fraction du coût d’un agent sur site qui se chiffre entre 15 et 35€ de l’heure. Cette différence de coût permet de réallouer le budget vers des mesures physiques qui retardent l’intrus et permettent au centre de télésurveillance de réagir.

L’approche la plus efficace consiste à combiner plusieurs niveaux de défense de manière structurée :

  1. Dissuasion physique : C’est la première ligne de défense. Des serrures certifiées A2P (une norme reconnue et souvent exigée par les assureurs), des films anti-effraction sur les vitrages et un éclairage puissant avec détection de mouvement sur tous les points d’accès sont des investissements relativement faibles pour un effet dissuasif maximal.
  2. Détection connectée : Il s’agit de savoir immédiatement si une intrusion a lieu. Des caméras IP avec alertes sur smartphone (qui ne nécessitent pas d’abonnement coûteux) et des détecteurs d’ouverture sur portes et fenêtres transmettant une alerte en temps réel sont essentiels.
  3. Télésurveillance et procédures : L’étape ultime est de connecter ces détecteurs à un centre de télésurveillance 24h/24. Des formules de base, incluant la levée de doute vidéo (un opérateur vérifie si l’alerte est réelle) et l’alerte aux forces de l’ordre, sont très accessibles. Ces mesures techniques doivent être complétées par des procédures organisationnelles : un protocole de gestion des clés strict et, si possible, une convention de surveillance mutuelle avec les entreprises voisines.

Ordinateurs portables et flotte mobile : comment les assurer hors des locaux de l’entreprise ?

À l’ère du télétravail et de la mobilité, une part croissante des actifs de l’entreprise est nomade. Ordinateurs portables, tablettes, smartphones… ce matériel coûteux et essentiel à l’activité est particulièrement exposé aux risques de vol et de casse en dehors des murs de l’entreprise. Beaucoup de dirigeants pensent que leur assurance multirisque professionnelle couvre automatiquement ces biens. C’est une erreur de lecture classique. La plupart des contrats de base ne couvrent le matériel qu’à l’intérieur des locaux déclarés. Pour assurer ces équipements « en tous lieux », il faut souscrire une garantie spécifique, souvent optionnelle.

Une autre confusion fréquente consiste à mélanger la garantie « matériel nomade » et « l’assurance cyber ». Ces deux couvertures sont complémentaires mais protègent des risques radicalement différents. La première assure le contenant (l’appareil physique), la seconde le contenu (les données et les conséquences d’une cyberattaque). Ignorer cette distinction peut avoir des conséquences dramatiques : vous pourriez être parfaitement couvert pour le vol d’un ordinateur portable, mais absolument pas pour l’exploitation des données clients qui s’y trouvaient.

Le tableau suivant clarifie les différences fondamentales entre ces deux garanties, qui ne sont pas substituables mais doivent être vues comme un duo indispensable pour toute entreprise moderne.

Garantie matériel nomade vs assurance cyber : différences clés
Critère Garantie ‘Matériel en tous lieux’ Assurance Cyber
Objet couvert Le matériel physique lui-même (ordinateurs portables, tablettes, smartphones) Les données, les conséquences d’une cyberattaque, la gestion de crise
Événements garantis Vol, casse accidentelle, dommages électriques, oxydation Piratage, perte de données, ransomware, interruption d’activité cyber
Franchises typiques Élevées : 150 à 500€ par appareil Variable : 500 à 5 000€ selon la couverture
Exclusions fréquentes Vol sans effraction, négligence (appareil laissé visible dans véhicule non fermé), usure Failles de sécurité non corrigées, absence de sauvegardes, négligence grave
Sous-limite de garantie Souvent plafonnée à 5 000-15 000€ pour l’ensemble de la flotte (bien inférieure à sa valeur réelle) Plafond dédié distinct : 5 000 à 100 000€ selon options souscrites
Complémentarité Les deux garanties sont complémentaires et non substituables : l’une protège le matériel, l’autre les données et la continuité d’activité

Un point de vigilance majeur concerne les sous-limites de garantie. Même si vous avez souscrit l’option « matériel en tous lieux », l’indemnisation totale pour l’ensemble de votre flotte mobile est souvent plafonnée à un montant (par exemple, 10 000€) bien inférieur à sa valeur de remplacement réelle. Un inventaire précis et une lecture attentive des plafonds sont donc indispensables pour éviter les mauvaises surprises.

L’erreur de lecture du contrat qui vous laisse sans recours après une inondation

Après une inondation ayant submergé votre stock, vous contactez votre assureur, confiant, car vous êtes couvert par la garantie « Dégât des Eaux ». La réponse de l’expert est un choc : votre sinistre n’est pas un « dégât des eaux » mais une « catastrophe naturelle », et comme aucun arrêté ministériel n’a été publié, vous n’êtes pas indemnisé. Ce scénario, malheureusement fréquent, illustre une confusion technique aux conséquences financières désastreuses. Les garanties « Dégât des Eaux » (DDE) et « Catastrophe Naturelle » (Cat Nat) couvrent des événements liés à l’eau, mais leurs déclencheurs, leurs cadres légaux et leurs conditions d’application sont radicalement différents et non interchangeables.

Le DDE couvre les dommages provenant de l’intérieur du bâtiment (fuite, rupture de canalisation, infiltration par le toit), tandis que la garantie Cat Nat couvre les événements naturels d’une intensité anormale (débordement de cours d’eau, ruissellement). La distinction est cruciale : la garantie Cat Nat ne peut être activée que si un arrêté interministériel est publié au Journal Officiel, une décision politique qui peut prendre des semaines et n’est jamais garantie. Attendre cet arrêté pour déclarer son sinistre est une erreur ; il faut déclarer le sinistre au titre du DDE dans les 5 jours, quitte à requalifier le dossier plus tard si l’arrêté est publié.

Pour y voir clair, il est impératif de comprendre les différences fondamentales entre ces deux garanties, qui sont souvent présentées de manière confuse dans les contrats.

Inondation catastrophe naturelle vs dégât des eaux : garanties distinctes
Critère de distinction Garantie ‘Catastrophe Naturelle’ Garantie ‘Dégât des Eaux’
Déclenchement Nécessite un arrêté ministériel de catastrophe naturelle publié au Journal Officiel Automatique dès constatation du sinistre (pas d’arrêté requis)
Événements couverts Inondation par débordement de cours d’eau, ruissellement exceptionnel, remontée de nappe phréatique Rupture de canalisation, fuite d’eau, débordement de WC/lavabo, infiltration par toiture
Franchise légale Franchise minimale obligatoire : 380€ pour les professionnels (montant 2024) Franchise contractuelle négociable : généralement 300 à 1 500€
Délai de déclaration 10 jours à compter de la publication de l’arrêté interministériel 5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre
Dommages indirects Rarement couverts automatiquement (nécessite option spécifique ‘dommages immatériels consécutifs’) Possibilité de couverture des dommages immatériels consécutifs si prévue au contrat
Mesures de prévention exigées Dispositifs anti-refoulement, batardeaux si local en zone inondable (PPRI), sinon garantie peut être refusée Entretien régulier des installations (chauffage, canalisations), respect des normes de construction

L’autre piège majeur concerne les mesures de prévention. Si votre local est situé en zone inondable (identifiée par un Plan de Prévention des Risques d’Inondation – PPRI), l’assureur peut exiger l’installation de dispositifs spécifiques (batardeaux, clapets anti-retour). Le non-respect de ces exigences peut entraîner un refus pur et simple de la garantie, même si un arrêté de catastrophe naturelle est publié.

Comment prouver l’existence de vos actifs après un incendie total sans factures papier ?

Un incendie a entièrement ravagé votre entrepôt. Le stock, les machines, les bureaux, les archives… tout est parti en fumée. Vous êtes sous le choc, mais rassuré : vous êtes bien assuré. L’expert de l’assurance arrive et vous pose une question simple : « Pouvez-vous me prouver la valeur et l’existence de tout ce qui a été détruit ? ». Sans préparation, cette question marque le début d’un long cauchemar. En assurance, le principe est clair : c’est à l’assuré de prouver l’existence et la valeur des biens pour lesquels il demande une indemnisation. Si vos factures, vos bons de commande et votre inventaire ont brûlé avec le reste, comment faire ?

Cette situation est loin d’être anecdotique. Elle est si critique que, selon les données de l’INRS, 70% des entreprises victimes d’un sinistre majeur disparaissent dans les mois qui suivent, souvent faute d’une indemnisation suffisante et rapide. La clé de la survie ne réside pas seulement dans la souscription d’un bon contrat, mais dans la constitution, en amont, d’un « dossier de survie numérique ».

Ce dossier est une collection de preuves numérisées, stockées à l’extérieur de l’entreprise (sur un cloud sécurisé, par exemple), et qui doit être accessible même si vos locaux sont réduits en cendres. Sa constitution doit devenir une routine, au même titre que la comptabilité.

Votre plan d’action pour un dossier de survie numérique

  1. Preuves bancaires et fiscales : Extrayez et archivez mensuellement les relevés bancaires (preuves de paiements fournisseurs), les déclarations de TVA (qui attestent des achats), et l’inventaire fiscal annuel obligatoire.
  2. Documentation photographique et vidéo : Réalisez trimestriellement des photos et vidéos datées et géolocalisées du stock, des locaux, du matériel et des agencements, en parcourant systématiquement chaque zone.
  3. Copies numériques des contrats et factures : Scannez et sauvegardez les factures d’achat majeures (>1 000€), les bons de commande clients en cours, les contrats fournisseurs actifs, et surtout le contrat d’assurance lui-même avec ses annexes.
  4. Stockage cloud externe sécurisé : Hébergez ce dossier sur un service cloud distinct et externe à l’entreprise (Google Drive, Dropbox, OneDrive) avec double authentification, accessible même si les locaux sont détruits.
  5. Inventaire valorisé actualisé : Maintenez un fichier Excel ou un tableau récapitulatif valorisant le stock et le matériel à leur valeur de remplacement actuelle (et non d’achat historique), mis à jour au minimum annuellement.

Face à un expert d’assurance, un tel dossier est inattaquable. Il coupe court à des mois de négociations pénibles et accélère drastiquement le processus d’indemnisation, vous donnant les liquidités nécessaires pour redémarrer votre activité au plus vite.

Gardiennage et bâchage : qui paie les mesures conservatoires urgentes ?

Le sinistre vient de se produire. Un incendie a laissé une partie de votre toiture béante, exposant le reste de votre stock aux intempéries. Des vandales ont profité d’une vitrine brisée pour commencer à piller ce qui reste. Votre premier réflexe est d’agir vite : appeler une entreprise pour bâcher le toit, une autre pour installer des panneaux de bois et une société de gardiennage pour sécuriser le site. Mais une question vous taraude : qui va payer ces frais engagés dans l’urgence ? La réponse est claire : c’est votre assureur. Mieux encore, prendre ces mesures n’est pas seulement un droit, c’est une obligation.

Tous les contrats d’assurance contiennent une clause qui impose à l’assuré de prendre toutes les mesures raisonnables pour limiter l’aggravation des dommages après un sinistre. C’est ce qu’on appelle le « devoir de sauvetage ». Ne pas le faire pourrait être interprété comme une négligence et entraîner une réduction de votre indemnisation finale sur les dommages qui auraient pu être évités.

Ces frais sont non seulement couverts, mais souvent obligatoires au titre du ‘devoir de l’assuré de limiter les pertes’. Le non-respect peut entraîner une réduction de l’indemnisation sur les dommages aggravés.

– Doctrine jurisprudentielle assurance, Obligation de minimiser le préjudice – Article 1227 Code civil

Ces dépenses, appelées « frais de sauvetage » ou « mesures conservatoires », sont spécifiquement couvertes par une garantie dédiée de votre contrat multirisque. Cependant, pour obtenir un remboursement sans accroc, il faut suivre un protocole précis dans les 48 heures qui suivent le sinistre.

  1. H+0 à H+2 : Déclarez immédiatement le sinistre à votre assureur par téléphone. Décrivez la situation, demandez les consignes et notez le nom de votre interlocuteur. Confirmez cette déclaration par email.
  2. H+2 à H+12 : Prenez des photos et des vidéos exhaustives de l’état des lieux AVANT toute intervention. Ces preuves sont cruciales pour montrer l’urgence et l’étendue initiale des dégâts.
  3. H+12 à H+24 : Mandatez les entreprises nécessaires. Même dans l’urgence, exigez un devis écrit et détaillé. Conservez précieusement tous les justificatifs.
  4. H+24 à H+48 : Notifiez par écrit (email avec accusé de lecture + courrier recommandé) à votre assureur les mesures que vous avez engagées, leur coût estimé, et demandez confirmation de leur prise en charge. Tenez un journal de bord précis de chaque action.

En agissant de manière prompte et documentée, non seulement vous protégez ce qui peut encore être sauvé, mais vous démontrez votre bonne foi et votre professionnalisme à l’expert, facilitant ainsi l’ensemble du processus d’indemnisation.

Comment auditer la solidité financière de vos fournisseurs stratégiques sans les froisser ?

Le risque pour votre stock ne vient pas seulement de menaces physiques comme le vol ou l’incendie. Il peut aussi provenir de votre chaîne d’approvisionnement. Que se passe-t-il si votre fournisseur principal, celui qui vous livre un composant essentiel ou 80% de votre gamme, fait faillite du jour au lendemain ? Votre activité s’arrête net. C’est ce que l’on appelle le risque de perte d’exploitation suite à carence de fournisseur. Dans un contexte économique tendu, ce risque est de plus en plus prégnant. Le bilan Altares 2024 a recensé près de 67 000 défaillances d’entreprises, un chiffre en forte hausse.

Il devient donc stratégique d’évaluer la santé financière de vos partenaires clés. Mais comment le faire sans créer un climat de méfiance ? Demander frontalement ses comptes à un fournisseur peut être très mal perçu. Heureusement, il existe des méthodes non-intrusives et collaboratives pour cartographier ce risque :

  • Analyse des données publiques : Une mine d’informations est accessible gratuitement et légalement. Les sites comme Infogreffe ou Societe.com permettent de consulter les bilans annuels, les capitaux propres ou encore le niveau d’endettement d’une entreprise. Ces indicateurs donnent une première vision de sa santé financière, sans avoir à solliciter directement le fournisseur.
  • L’approche collaborative : Profitez des revues de partenariat annuelles pour aborder le sujet de manière constructive. Au lieu de demander « Êtes-vous solides financièrement ? », proposez une discussion sur les Plans de Continuité d’Activité (PCA) respectifs. Présentez cela comme une démarche qualité mutuelle, visant à sécuriser la chaîne de valeur pour le bénéfice des deux parties.
  • La justification par l’assurance : C’est l’argument imparable. Expliquez à votre fournisseur que vous envisagez de souscrire une extension de garantie « Pertes d’exploitation suite à carence de fournisseur » et que votre assureur exige, pour l’activer, une cartographie des risques de votre chaîne d’approvisionnement. L’audit n’est plus une marque de méfiance de votre part, mais une exigence d’un tiers.
  • Diversification intelligente : L’analyse de ces données vous permettra d’identifier les fournisseurs critiques pour lesquels une analyse poussée est nécessaire, et ceux pour lesquels une simple stratégie de diversification (avoir au moins deux sources d’approvisionnement) suffit à réduire le risque.

Cette démarche proactive de « due diligence » fournisseur est une facette souvent négligée de la gestion des risques. Elle transforme une relation purement transactionnelle en un véritable partenariat stratégique et renforce la résilience globale de votre entreprise.

À retenir

  • La valeur déclarée est sacrée : Une sous-évaluation, même minime, active la règle proportionnelle et peut amputer votre indemnisation de manière drastique. La précision est votre meilleure alliée.
  • La preuve se prépare avant le sinistre : Sans un « dossier de survie numérique » externalisé et actualisé, prouver l’existence et la valeur de vos biens après un sinistre majeur est une bataille perdue d’avance.
  • Le contrat est un document technique : Les garanties « Dégât des Eaux » et « Catastrophe Naturelle » sont deux mondes à part. Lire son contrat avec un œil d’expert permet d’éviter les pièges qui laissent sans recours.

Comment constituer un dossier d’indemnisation inattaquable après un incendie total ?

Le sinistre majeur est survenu. Le choc est passé, et la longue phase de la gestion de l’indemnisation commence. C’est un marathon, pas un sprint. L’expert de la compagnie d’assurance, mandaté et payé par elle, va éplucher chaque détail. Son objectif est de chiffrer le dommage au plus juste, selon les termes stricts du contrat. Votre objectif est d’obtenir une indemnisation complète et rapide pour redémarrer. Pour que ces deux objectifs convergent, vous devez présenter un dossier structuré, documenté et professionnel. Un dossier amateur, basé sur des estimations et des souvenirs, est la porte ouverte à des mois de négociations, des sous-évaluations et une frustration immense, alors même que des sinistres graves se chiffrent en milliards. En 2024, France Assureurs a recensé 223 sinistres de dommages aux biens des professionnels dépassant 2 millions d’euros chacun.

Constituer un dossier inattaquable repose sur une méthodologie rigoureuse, initiée dès les premières heures suivant le sinistre. Voici les piliers d’une telle démarche :

  1. La Chronologie Documentée : Tenez un journal de bord dès H+0. Consignez chaque appel, chaque intervenant (nom, fonction), chaque décision. Ce journal devient la colonne vertébrale de votre dossier, prouvant votre diligence et votre bonne foi.
  2. Le Chiffrage de la Perte d’Exploitation : Ne vous limitez pas à la valeur du stock détruit. Votre assurance couvre aussi la perte de marge brute consécutive à l’arrêt de l’activité. Appuyez-vous sur vos 3 derniers bilans comptables, vos prévisionnels, et n’oubliez pas d’inclure les charges fixes qui continuent de courir (loyers, salaires, emprunts).
  3. La Valorisation Technique des Actifs : C’est ici que votre « dossier de survie numérique » entre en jeu. Croisez les sources (photos, factures numériques, relevés bancaires, catalogues fournisseurs actuels) pour prouver la valeur de remplacement à neuf au jour du sinistre, et non la valeur comptable amortie, qui est souvent bien plus faible.
  4. Le Recours à l’Expert d’Assuré : Pour un sinistre majeur (>50k€), envisagez sérieusement de mandater votre propre expert : l’expert d’assuré. Il défendra vos intérêts face à l’expert de la compagnie. C’est un rapport de force technique équilibré. Ses honoraires sont d’ailleurs souvent couverts par une garantie « honoraires d’expert » de votre contrat. C’est un droit, utilisez-le.

En adoptant cette posture professionnelle, vous ne subissez plus la procédure, vous la pilotez. Vous transformez une relation potentiellement conflictuelle avec l’assureur en une collaboration technique visant un objectif commun : une indemnisation juste et rapide.

Ne laissez pas un détail technique ou une clause mal comprise mettre en péril des années de travail. Prenez votre contrat d’assurance dès aujourd’hui et auditez-le point par point, avec la grille de lecture d’un expert. Évaluez dès maintenant la solution la plus adaptée à vos besoins spécifiques pour garantir la pérennité de votre entreprise face à l’imprévu.

Rédigé par Sophie Delacroix, Ingénieure de formation et diplômée de l'ENASS, Sophie Delacroix exerce depuis 18 ans dans le courtage en assurances pour les risques industriels. Elle aide les entreprises à cartographier leurs vulnérabilités opérationnelles et à structurer leurs programmes d'assurance dommages. Son expertise est reconnue dans la gestion des sinistres majeurs comme les incendies ou les bris de machines.